Après plusieurs années de baisse, la consommation d’électricité en France s’apprête à repartir nettement à la hausse. Selon RTE, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité, cette tendance s’explique par une transformation profonde des usages : électrification des transports et de l’industrie, relocalisation de certaines activités et explosion des besoins numériques. Autant de facteurs qui pourraient replacer l’électricité au cœur de la souveraineté énergétique française.
Une consommation encore en retrait… mais plus pour longtemps
Depuis la crise sanitaire, la demande d’électricité reste environ 6 % inférieure à son niveau d’avant 2020. Cette baisse s’explique par plusieurs facteurs : sobriété énergétique, ralentissement industriel, amélioration de l’efficacité des équipements ou encore hivers plus doux.
Mais selon RTE, cette phase est transitoire. Les conditions sont désormais réunies pour un rebond durable de la consommation, porté par trois dynamiques structurantes :
- l’électrification des usages pour réduire la dépendance aux énergies fossiles ;
- la réindustrialisation du territoire ;
- la croissance rapide des besoins numériques (data centers, intelligence artificielle).
L’électrification, pilier de la stratégie énergétique française
Pour atteindre ses objectifs climatiques, la France doit réduire la part des énergies fossiles à 30 % d’ici 2035, contre environ 60 % aujourd’hui. Cette transition passe nécessairement par une montée en puissance de l’électricité dans plusieurs secteurs clés.
Transports : le chantier prioritaire
Voitures électriques, transports publics, logistique… La mobilité représente le principal levier de substitution au pétrole. Le développement rapide des véhicules électriques devrait mécaniquement accroître la demande d’électricité.
Industrie : un levier majeur de décarbonation
Fours électriques, procédés électro-intensifs, électrification des chaînes de production… De nombreuses industries amorcent leur transition. RTE estime que près de 30 GW de projets industriels électrifiés disposent déjà d’un accès réservé au réseau.
Bâtiment : la montée en puissance des pompes à chaleur
Le remplacement progressif des chaudières fossiles par des équipements électriques performants, comme les pompes à chaleur, contribuera également à la hausse de la consommation.
Une réindustrialisation portée par une électricité bas carbone et compétitive
La France bénéficie d’un avantage stratégique en Europe : plus de 95 % de son électricité est bas carbone, grâce à la combinaison du nucléaire et des énergies renouvelables.
En 2025, la production bas carbone a atteint un niveau record de 521 TWh, tandis que la production fossile est tombée à son plus bas niveau depuis 75 ans.
Cette situation offre plusieurs atouts :
- des prix de gros compétitifs à l’échelle européenne,
- des exportations record (plus de 92 TWh en 2025),
- une empreinte carbone parmi les plus faibles du continent.
Autrement dit, la France dispose d’une électricité à la fois propre, abondante et stable, capable d’attirer de nouvelles industries et de soutenir les relocalisations.
Data centers et numérique : un nouveau moteur de consommation
L’essor du cloud, de l’intelligence artificielle et des services numériques entraîne une multiplication des projets de data centers sur le territoire. Ces infrastructures, particulièrement énergivores, deviennent un facteur clé de la demande.
RTE les considère désormais comme un usage structurant, au même titre que les transports électriques.
Une opportunité pour réduire la dépendance aux énergies fossiles
En 2025, la facture énergétique liée aux importations de combustibles fossiles atteignait encore 53 milliards d’euros. Accélérer l’électrification permettrait de réduire cette dépendance, d’améliorer la balance commerciale et de renforcer la souveraineté énergétique du pays.
Selon RTE, une stratégie ambitieuse pourrait permettre de diminuer d’un tiers les importations d’hydrocarbures d’ici 2035.