Publié le 6 juillet 2026 par Elodie Santos
AuREUS : retour sur le panneau solaire fabriqué à partir de déchets de fruits

En 2019, Carvey Ehren Maigue, alors étudiant en génie électrique à l’université Mapúa de Manille, met au point un système capable de produire de l’électricité à partir de lumière ultraviolette, grâce à des composés extraits de fruits et légumes destinés à la poubelle. Son invention, baptisée AuREUS, lui vaut en 2020 le tout premier James Dyson Award dans la catégorie développement durable. Cinq ans plus tard, cette innovation reste une référence dans le monde des énergies renouvelables, et mérite qu’on s’y attarde.

Une technologie inspirée des aurores boréales

Un jour de ciel couvert, les lunettes photosensibles de Carvey Maigue s’assombrissent malgré l’absence de soleil. Il comprend alors que les ultraviolets, eux, traversent les nuages. Et que les panneaux solaires classiques, qui captent uniquement la lumière visible, passent complètement à côté de cette ressource.

Les systèmes photovoltaïques traditionnels ne fonctionnent efficacement qu’en plein soleil, orientés face au ciel. Ils produisent de l’électricité durant 10 à 25 % de leur temps d’utilisation. AuREUS, lui, atteignait les 48 % selon les tests réalisés dès 2019, parce qu’il capte les UV qui rebondissent partout : sur les façades, les trottoirs, la neige, ou encore les éclairages artificiels la nuit.

Le mécanisme s’inspire directement des aurores polaires. Dans la haute atmosphère, des particules de haute énergie entrent en contact avec des composés luminescents et libèrent cette énergie sous forme de lumière visible. Carvey Maigue a reproduit ce phénomène à petite échelle : des composés luminescents, extraits de déchets agricoles, sont mis en suspension dans une résine transparente et malléable. Cette résine capte les UV, les convertit en lumière visible, et des cellules photovoltaïques classiques prennent ensuite le relais pour produire de l’électricité.

Zéro déchet, double bénéfice

Ce qui distinguait vraiment AuREUS dès ses débuts, c’est sa matière première. Les composés luminescents sont extraits de fruits et légumes abîmés ou invendus. Tomates, gingembre, feuilles riches en chlorophylle… Les végétaux sont broyés, leur jus filtré et distillé pour en isoler les molécules utiles.

Aux Philippines, les agriculteurs subissent régulièrement des typhons dévastateurs qui peuvent anéantir des récoltes entières. Avec AuREUS, ces pertes trouvent une seconde vie économique, transformées en matière première pour panneaux solaires. L’invention s’attaquait ainsi à deux problèmes simultanément : le gaspillage alimentaire et la transition énergétique.

Un potentiel qui reste entier

Parce que la résine est souple et transparente, elle peut s’intégrer dans des fenêtres ou recouvrir des façades entières, transformant un immeuble de bureaux en véritable ferme solaire verticale. Brenda Valerio, responsable de projets chez New Energy Nexus, l’incubateur qui a accompagné le jeune ingénieur, ne cachait pas son enthousiasme : imaginer produire de l’électricité simplement en laissant sa voiture garée dehors, disait-elle, était quelque chose d’incroyable.

Lancée en 2019, AuREUS incarnait déjà une vision d’avenir que le secteur énergétique peine encore aujourd’hui à concrétiser à grande échelle. 

Source : https://rightenergypartnership.org/filipino-student-invents-solar-windows-that-dont-even-need-the-sun-to-work-and-theyre-beautiful/