Ce cerf-volant géant pourrait décarboner les navires
Publié le par Elodie Santos
Près d’un milliard de tonnes de CO₂ sont rejetées chaque année par le secteur maritime, rappelle l’ADEME dans une publication de 2026. Pour atteindre la neutralité carbone visée par l’Organisation maritime internationale d’ici 2050, le secteur doit donc réduire sa dépendance aux carburants fossiles. Pour réduire cette empreinte, Beyond the Sea développe une aile de kite géante capable de tracter les navires et de réduire leur consommation de carburant. L’objectif : décarboner les bateaux neufs comme ceux déjà en service.
Une aile de 100 m² au-dessus d’un bateau de pêche
Fin 2025, le palangrier Cap Kersaint, exploité par la compagnie réunionnaise Cap Bourbon, est devenu le premier navire de pêche commerciale équipé du système. À sa proue, une aile de kite de 100 m² peut être déployée dans les airs et reliée au bateau par plusieurs lignes.
Selon Beyond the Sea, les premiers essais réalisés à bord ont montré un gain de vitesse de 1 à 1,5 nœud et pourraient permettre jusqu’à 20 % d’économies de carburant dans certaines conditions. L’ADEME évoque de son côté une baisse potentielle de la consommation comprise entre 15 et 20 %, selon les conditions de vent. Ces chiffres restent toutefois dépendants des conditions de navigation et doivent encore être confirmés sur des périodes d’exploitation plus longues.
Comment un kite peut-il tirer un navire ?
Une aile de kite fonctionne grâce à la portance, le même phénomène aérodynamique qui permet à une aile d’avion de produire une force vers le haut. Mais ici, cette force est convertie en traction.
L’originalité du dispositif tient notamment à son pilotage. Le kite est animé selon des trajectoires dynamiques, notamment en forme de huit. En se déplaçant rapidement dans l’air, il augmente la vitesse apparente du vent et peut ainsi produire davantage de portance.
Le bateau dispose donc d’une source de propulsion supplémentaire sans brûler davantage de carburant. Le moteur reste indispensable, mais il peut être moins sollicité lorsque les conditions météorologiques sont favorables.
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Une technologie surtout intéressante pendant les transits
Pour un navire de pêche, l’intérêt du kite est aussi très opérationnel. Le Cap Kersaint passe plusieurs mois dans les eaux australes pour ses campagnes à la légine et à la langouste, loin des ports et de leurs possibilités de ravitaillement. Dans ces conditions, la consommation de carburant devient un enjeu important.
L’aile ne devrait toutefois pas être utilisée pendant les opérations de pêche, qui demandent au navire de rester très manœuvrant. Elle est plutôt destinée aux phases de transit, notamment entre La Réunion et les zones de pêche. Selon Cap Bourbon, le kite pourrait ainsi être déployé plusieurs jours au cours de chaque campagne.
Du bateau de pêche aux cargos
Beyond the Sea développe plusieurs versions de son système, adaptées à différents types de navires. La gamme va de solutions manuelles pour les petites embarcations à des dispositifs automatisés conçus pour des navires de plus grande taille. L’entreprise affirme avoir déjà équipé 379 navires.
Le principe ne se limite donc pas aux bateaux de pêche. Des cargos, des ferries ou encore des navires scientifiques pourraient eux aussi avoir recours au kite pour compléter leur propulsion. Reste à savoir jusqu’où la technologie peut être déployée à grande échelle. Son efficacité dépend notamment des conditions de vent, de son intégration au navire, de la sécurité à bord et de la formation des équipages. Surtout, les économies de carburant devront se confirmer dans la durée.
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