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Comment sont recyclés et valorisés les pneus usagés ?

Comment sont recyclés et valorisés les pneus usagés ?

Publié le par Elodie Santos

Chaque année en France, des dizaines de millions de pneus sont changés dans les garages. Une fois démontés, ils partent dans un circuit qu'on connaît finalement assez mal. Certains repartent sur la route, d'autres finissent broyés, brûlés, ou transformés en matériaux qui n'ont plus grand-chose à voir avec un pneu. Tour d'horizon de ce qui se passe réellement une fois qu'ils quittent le garage.

Les pneus encore en bon état repartent sur la route

Avant tout traitement lourd, les pneus collectés chez les garagistes et les distributeurs sont triés. Les moins usés partent en seconde main. D’autres sont rechapés : leur bande de roulement est remplacée, un peu comme lorsqu’on change la semelle d’une chaussure. Cela leur permet de reprendre la route pour plusieurs milliers de kilomètres, sans avoir à fabriquer un pneu neuf ni à mobiliser à nouveau les matières premières et l’énergie nécessaires à sa production.

Les pneus hors d’usage passent à la broyeuse

Pour les pneus qui ne peuvent vraiment plus rouler, direction le broyage. Découpé en gros morceaux, il peut servir dans certains chantiers, notamment comme matériau de remblai. Broyés plus finement, ils deviennent des granulats de caoutchouc qu'on retrouve sous les terrains de sport, dans les revêtements d'aires de jeux, ou mélangés à l'enrobé de certaines routes.

Une partie des pneus usagés prend aussi la direction des cimenteries. Ils y sont utilisés comme combustible pour produire de la chaleur. Le caoutchouc possède en effet un pouvoir calorifique élevé, ce qui permet à ces installations de remplacer une partie du charbon ou du fioul qu’elles utilisent habituellement.

Mais cette filière est loin de permettre une véritable boucle de recyclage. La Commission européenne estime qu’environ 1,6 milliard de pneus arrivent en fin de vie chaque année dans le monde, soit près de 26 millions de tonnes. En Europe, ce volume atteint environ 3,5 millions de tonnes. Si près de 90 % des pneus usagés européens sont aujourd’hui valorisés d’une manière ou d’une autre, ils sont encore majoritairement utilisés comme combustible ou dans des applications qui ne permettent pas de fabriquer de nouveaux pneus.

Le principal problème vient de la matière récupérée. Après broyage, le caoutchouc contient encore différents composants et n’est généralement pas assez pur pour être réintroduit directement dans la fabrication d’un pneu neuf.

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Une technologie pour récupérer davantage de matière

Une technologie plus récente cherche justement à corriger ce point faible : la pyrolyse. Le principe consiste à chauffer les granulés de caoutchouc à très haute température, sans oxygène, ce qui les décompose en gaz, en huile et en résidus solides. L'huile récupérée, parfois appelée goudron de pneu, peut ensuite être raffinée pour produire des matières premières de bonne qualité, capables de remplacer en partie celles issues du pétrole.

Le projet européen BlackCycle, piloté par Michelin et terminé en 2024, a testé cette approche à l'échelle industrielle. Des machines spécifiques permettent de séparer très précisément la gomme, le métal et le textile du pneu, avant de transformer une partie du caoutchouc en noir de carbone durable et en poudre réutilisable directement dans la fabrication de pneus neufs, déjà en vente aujourd'hui. D'après les porteurs du projet, ce noir de carbone recyclé émettrait nettement moins de CO2 sur l'ensemble de son cycle de vie que sa version classique, et la récupération du caoutchouc de revêtement intérieur diviserait par trois les émissions liées à sa production.

Le principal frein reste le prix

Sur le papier, la technologie existe déjà pour transformer un pneu usé en pneu neuf. Le vrai obstacle est ailleurs : ces nouvelles filières coûtent cher à développer, alors que les matières premières fossiles restent très compétitives, leurs coûts de production étant amortis depuis longtemps. Et rien n'indique que les automobilistes accepteraient de payer plus cher pour un pneu contenant davantage de matière recyclée. C'est probablement là que se jouera la suite : rendre ces pneus recyclés aussi abordables que les pneus classiques, sans quoi la filière restera cantonnée à quelques projets pilotes.

Sources:

https://cordis.europa.eu/article/id/454286-end-of-life-tyres-from-waste-to-a-valuable-resource/fr

https://www.quefairedemesvieuxpneus.fr/devenir-pneus-usages

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