Deux marsupiaux que l’on pensait éteints depuis 6.000 ans viennent d’être retrouvés vivants en Indonésie. Une double découverte exceptionnelle, mais déjà menacée par la destruction de leur habitat. On vous explique.
Deux “taxons Lazare” qui ressurgissent du passé
En biologie, on appelle taxon Lazare une espèce que l’on pensait éteinte, parfois depuis très longtemps, avant qu’elle ne réapparaisse soudainement. Le terme fait référence à l’épisode biblique de Lazare, revenu d’entre les morts.
Découvrir un taxon Lazare est déjà rare. En trouver deux en même temps relève presque du miracle scientifique.
C’est pourtant ce qu’ont annoncé récemment le professeur Tim Flannery et son équipe, après plusieurs années de recherches menées en collaboration avec les communautés autochtones de Papouasie.
Les deux espèces retrouvées sont :
- Le phalanger pygmée à longs doigts (Dactylonax kambuayai)
- Le planeur à queue annelée (Tous ayamaruensis)
Toutes deux n’étaient connues jusqu’ici que par des fossiles, dont les plus récents remontaient à environ 6.000 ans.
Le phalanger pygmée à longs doigts : un minuscule marsupial aux capacités étonnantes
Ce petit opossum rayé, pas plus grand qu’une main, avait disparu des radars scientifiques depuis des millénaires. Les seuls indices de son existence provenaient de fossiles retrouvés dans des grottes de Papouasie occidentale.
Sa redécouverte a été confirmée en 2023 grâce à des photographies prises dans la forêt tropicale. L’animal se distingue par un trait anatomique unique : un quatrième doigt anormalement long, utilisé comme un outil pour extraire des larves d’insectes dans les troncs d’arbres pourris. Une adaptation digne d’un spécialiste du bricolage naturel.
Les chercheurs ont également découvert que ses oreilles sont particulièrement sensibles aux sons graves, ce qui lui permettrait de détecter les insectes cachés sous l’écorce.
Le planeur à queue annelée : un acrobate des forêts de Nouvelle-Guinée
Le second marsupial redécouvert, le planeur à queue annelée, n’était connu que par quelques fossiles datant de la dernière période glaciaire.
Sa première apparition moderne remonte à 2015, lorsqu’un ouvrier agricole participant à un programme de science citoyenne a photographié un animal inconnu dans une plantation. L’image a intrigué les chercheurs : aucune espèce répertoriée ne correspondait.
Après analyses, ils ont compris qu’il s’agissait d’un planeur appartenant à un genre totalement nouveau, doté d’une queue préhensile et d’oreilles glabres. Plus petit que ses cousins australiens, il est capable de planer d’arbre en arbre grâce à une membrane cutanée.
Autre particularité : il est monogame et ne donne naissance qu’à un seul petit par an, ce qui rend sa population extrêmement vulnérable.
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Une découverte rendue possible par les peuples autochtones
Ces découvertes n’auraient jamais été possibles sans l’implication des peuples autochtones des clans Tambrauw et Maybrat. Leur connaissance fine du terrain, des animaux et des zones forestières a guidé les chercheurs vers des habitats jusque-là inexplorés.
Dans certaines communautés, le planeur à queue annelée est même considéré comme un animal sacré, ce qui pourrait expliquer pourquoi il est resté si longtemps invisible aux yeux de la science.
Des espèces retrouvées… mais déjà menacées
Si la nouvelle est enthousiasmante, elle s’accompagne d’une inquiétude majeure : ces deux marsupiaux vivent dans des forêts aujourd’hui menacées par l’exploitation forestière et l’expansion agricole.
Les chercheurs ont d’ailleurs choisi de ne pas révéler l’emplacement exact des observations, afin d’éviter :
- le braconnage
- l’afflux de curieux
- la destruction de leur habitat
L’histoire récente rappelle que la redécouverte d’une espèce ne garantit pas sa survie. Le rhinocéros de Java, par exemple, a été redécouvert au Vietnam en 1988… avant de disparaître définitivement en 2010, victime du braconnage.