Publié le 8 août 2026 par Elodie Santos
Protection de la biodiversité : faute de moyens, la France ne pourra pas atteindre ses objectifs

La France s’est engagée à protéger 30 % de son territoire, sur terre et en mer, avant 2030, avec 10 % en protection forte. Cet objectif avait été fixé à la suite de la COP15 sur la biodiversité. Mais à quelques années de l’échéance, les spécialistes sont pessimistes. Sans plus d’argent, la France n’y arrivera pas.

Le Sénat tire la sonnette d'alarme

Lors d'une audition au Sénat, le constat a été sans appel. Sébastien Moncorps, directeur du Comité français de l'UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), a estimé que la France ne disposait pas des moyens nécessaires pour respecter ses engagements internationaux en matière de protection de la biodiversité.

Cette alerte n'est pas nouvelle, mais elle s'appuie désormais sur des estimations chiffrées. Dès 2023, une étude menée par deux inspections générales de l'État évaluait les besoins supplémentaires à 173 millions d'euros pour mettre en œuvre la stratégie nationale de protection de la nature. Selon ce rapport, ce montant devrait atteindre 465 millions d'euros par an à partir de 2027. Or, à ce jour, ces financements n'ont toujours pas été débloqués.

L’argent existe, mais il est mal orienté

Pour Sébastien Moncorps, il ne s’agit pas forcément de trouver de nouvelles ressources. Il propose plutôt de revoir certaines aides publiques qui, sans le vouloir, encouragent des activités néfastes pour les écosystèmes, comme le bétonnage des sols ou certaines pratiques agricoles polluantes.

Un rapport publié en 2025 donne une idée du potentiel. Sur environ 92 milliards d’euros d’aides publiques passées au crible, près de 37 milliards mériteraient d’être reconsidérés, dont 20 milliards en priorité. L’argent circule donc déjà dans le système. Le vrai enjeu, c’est de changer sa destination.

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Un problème aussi politique

Un autre frein a été pointé lors de cette audition : le manque d’ambition politique. Véronique Andrieux, directrice générale du WWF France, a expliqué que l’État peine parfois à respecter ses propres engagements et manque de cohérence entre ses différentes décisions. Elle observe même un recul général sur ces enjeux, en France comme ailleurs en Europe et dans le monde, alors qu’il faudrait au contraire accélérer.

Elle vise en particulier le futur plan national de restauration de la nature, encore en préparation, qui doit être envoyé à l’Europe d’ici septembre. D’après une version provisoire consultée par le WWF, ce plan reprendrait surtout des promesses déjà faites par le passé, sans grande nouveauté.

Ce qui est en jeu

En protégeant davantage d'espaces naturels, l'objectif est de freiner le déclin de la biodiversité. Cet engagement fait partie d'un accord international conclu en 2022 à Montréal, auquel près de 190 pays ont adhéré.

Si la France ne respecte pas ses engagements, les effets se feront sentir sur les écosystèmes, avec la disparition de certains habitats et le recul de nombreuses espèces. À terme, cela peut aussi affaiblir des fonctions indispensables, comme la pollinisation ou le rôle des forêts et des zones humides dans la régulation du climat.

Les spécialistes estiment qu'il faudra des financements supplémentaires et une volonté politique plus forte pour éviter que ces objectifs restent théoriques.