Elles reviennent chaque année après des milliers de kilomètres de migration, et pourtant, nous continuons parfois à les chasser sans le savoir. Les hirondelles sont parmi les oiseaux les plus utiles de nos écosystèmes… et aussi parmi les plus menacés.
Des voyageuses venues d’Afrique
Les hirondelles sont des oiseaux migrateurs. Elles passent l’hiver en Afrique subsaharienne et parcourent des milliers de kilomètres chaque printemps pour revenir nicher en Europe. Ce long voyage épuise leurs réserves, et quand elles arrivent enfin, elles n’ont qu’une priorité : trouver un endroit sûr pour se reproduire.
En France, on distingue principalement trois espèces communes.
- L’hirondelle rustique (Hirundo rustica) est la plus emblématique des campagnes : elle affectionne les granges, les étables et les bâtiments agricoles ouverts, et se reconnaît à sa gorge roux-brique et à ses longues plumes caudales effilées.
- L’hirondelle de fenêtre (Delichon urbicum) est davantage urbaine : elle colle ses nids faits de boue sous les avant-toits, les corniches et les rebords de fenêtres, et arbore un croupion blanc éclatant contrastant avec son dos noir bleuté.
- Enfin, l’hirondelle de rivage (Riparia riparia), la plus discrète, creuse de véritables galeries dans les berges sableuses et les talus.
Une machine à dévorer les insectes
Les hirondelles sont des insectivores strictes. Elles se nourrissent exclusivement d’insectes capturés en plein vol : moucherons, mouches, pucerons ailés, moustiques. Et leur appétit est impressionnant. Une seule hirondelle peut consommer des centaines, voire des milliers d’insectes par jour, surtout pendant la période d’élevage des jeunes, où les allers-retours entre le nid et les zones de chasse sont incessants.
Concrètement, une colonie d’hirondelles installée près de votre maison ou de votre exploitation agricole est un pesticide naturel gratuit et écologique. Elle régule les populations d’insectes nuisibles, sans aucun effet secondaire sur l’environnement. Dans les étables et les fermes, les hirondelles rustiques rendent un service inestimable aux éleveurs en réduisant les nuisances liées aux mouches et aux taons.
Des espèces en déclin alarmant
Malgré leur utilité et leur côté familier, les hirondelles disparaissent. Les chiffres sont inquiétants : en l’espace d’une dizaine d’années, les populations d’hirondelles de fenêtre ont chuté de plus de 30 %, et celles d’hirondelles rustiques de plus de 40 %. Une hémorragie, liée à plusieurs facteurs qui se cumulent.
Le premier, c’est la raréfaction des insectes, elle-même causée par l’utilisation massive de pesticides et la disparition des zones humides, prairies et haies. Pas d’insectes = pas de nourriture = pas de survie possible.
Le second facteur, et c’est là que nous intervenons directement, c’est la destruction des sites de nidification. La rénovation énergétique des bâtiments, les ravalement de façade, les toitures refaites à neuf, les constructions modernes aux surfaces lisses… autant d’évolutions qui suppriment les anfractuosités, rebords et accès que ces oiseaux utilisaient depuis des générations.
Une hirondelle qui revient au printemps et ne trouve plus son nid ne peut souvent pas en reconstruire un à temps pour se reproduire. C’est une année perdue, et pour certains individus, la fin de la lignée.
La loi est claire : leurs nids sont intouchables
Détruire un nid d’hirondelle, déranger un couple en période de reproduction, capturer ou blesser un individu : tout cela est interdit par la loi française.
Les hirondelles sont protégées au titre de l’arrêté ministériel du 29 octobre 2009 fixant la liste des espèces d’oiseaux protégées sur l’ensemble du territoire. Cette protection est totale : elle couvre les adultes, les juvéniles, les œufs, mais aussi les nids eux-mêmes et les supports sur lesquels ils sont fixés.
En clair, même vide, un nid d’espèce protégée ne peut pas être retiré, sous peine de lourdes sanctions.
Que faire si vous avez des travaux prévus ?
C’est la question que se posent beaucoup de propriétaires ou de gestionnaires de bâtiments. Vous devez rénover votre façade, changer votre toiture, remettre à neuf vos combles ? Voici les règles à connaître.
La période de nidification des hirondelles s’étend approximativement de mars à fin août. En dehors de cette fenêtre, c’est-à-dire entre début septembre et mi-mars, il est possible d’effectuer des travaux sans risquer de détruire des nids occupés.
Si des travaux sont absolument nécessaires pendant la période de nidification, ou si plus d’une vingtaine de nids sont concernés, une dérogation préfectorale est requise. Cette dérogation impose généralement la mise en place de mesures compensatoires : installation d’un nombre équivalent de nids artificiels, à moins de 200 mètres des nids détruits, et suivi du retour des hirondelles sur plusieurs années.
Comment les aider concrètement ?
Agir pour les hirondelles ne demande ni beaucoup de temps ni beaucoup de moyens. Quelques gestes suffisent.
Tolérez les salissures.
Les fientes sous les nids sont parfois perçues comme une gêne. La solution n’est pas de détruire le nid, mais d’installer une petite planche de bois en dessous pour recueillir les déjections.
Installez des nichoirs artificiels.
Si votre façade a été rénovée et ne comporte plus de recoins favorables, des nids artificiels en céramique ou en béton bois peuvent compenser. Ils imitent la forme des nids naturels et sont facilement adoptés par les hirondelles de fenêtre. Attention : ils doivent être placés en hauteur, à l’abri de la pluie directe, et orientés de préférence au nord ou à l’est pour éviter la surchauffe.
Laissez de la boue accessible.
Les hirondelles construisent leurs nids avec de la boue mélangée à des fibres végétales. En période sèche, elles peinent parfois à trouver ce matériau. Une simple cuvette de terre humide peut alors leur être très utile.
Réduisez les pesticides
C’est l’un des gestes les plus importants. En favorisant les haies, les prairies fleuries et les zones humides, vous préservez une source de nourriture essentielle pour les hirondelles et toute la faune insectivore.
Et si vous trouvez un jeune hirondeau ou un adulte blessé ?
Un juvénile tombé du nid, encore couvert de duvet, n’est pas forcément en danger. Si le nid est accessible, replacez-le délicatement à l’intérieur. Les parents ne le rejetteront pas parce que vous l’avez touché, contrairement à la croyance populaire. Si le nid est inaccessible ou détruit, vous pouvez tenter de l’intégrer dans un nid occupé voisin de la même espèce.
En revanche, si l’oiseau est blessé, prostré ou manifestement en mauvais état, la bonne réaction est de le placer dans une boîte aérée et sombre, au calme, sans lui donner à manger ni à boire, et de contacter au plus vite un centre de soins pour la faune sauvage. La LPO dispose d’un réseau de centres répartis sur tout le territoire.
Pour signaler une destruction de nid ou obtenir des conseils, contactez la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux) ou l’OFB (Office Français de la Biodiversité).
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