À Nairobi, où les déchets plastiques s’accumulent plus vite qu’ils ne peuvent être recyclés, une entrepreneuse a décidé de renverser la tendance. À la tête de Gjenge Makers, Nzambi Matee transforme chaque jour des kilos de plastique abandonnés en briques et pavés ultra-résistants. Une innovation qui a pour objectif de réduire la pollution locale et rendre la construction plus accessible.
Un problème massif : trop de plastique, pas assez de solutions
Selon l'Autorité nationale de gestion de l'environnement (NEMA), Nairobi produit chaque jour entre 2 000 et 2 500 tonnes de déchets, dont 20 % sous forme plastique. Faute de filières de recyclage capables d’absorber de tels volumes, une grande partie de ces déchets se retrouve dans les rues, les rivières ou les décharges.
C’est dans ce contexte que Nzambi Matee lance d’abord une activité de collecte et de revente du plastique. Mais elle se heurte rapidement à une réalité : le plastique s’accumule bien plus vite qu’il ne peut être traité. L’équipe de Gjenge Makers constate même qu’elle collecte davantage de déchets que les recycleurs locaux ne peuvent en absorber.
Cette situation les pousse à prendre une décision : plutôt que de dépendre d’autres recycleurs, ils choisissent de transformer eux-mêmes le plastique qu’ils collectent. C’est de là que naît leur innovation.
Le procédé : transformer le plastique en briques
Gjenge Makers fabrique aujourd’hui plusieurs types de matériaux :
- pavés en plastique recyclé,
- tuiles,
- dalles,
- couvercles de regards ou plaques d’égouts.
Leur procédé s’appuie sur une chaîne de fabrication en plusieurs étapes :
- Collecte du plastique auprès de collecteurs, d’usines et de groupes communautaires.
- Tri des déchets pour séparer les types de plastiques utilisables.
- Broyage du plastique en petits fragments.
- Mélange du plastique broyé avec du sable.
- Chauffage du mélange pour obtenir une pâte homogène.
- Moulage en pavés, tuiles ou dalles.
Selon l’entreprise, les matériaux obtenus sont jusqu’à trois fois plus résistants que les pavés en béton traditionnels.
Des matériaux solides, abordables et durables
Les pavés de Gjenge Makers sont conçus pour être :
- extrêmement résistants (jusqu’à 140 N/mm² pour certains modèles),
- plus légers que le béton,
- moins coûteux à produire,
- colorés et esthétiques,
- issus à 100 % de plastique recyclé.
Ils sont déjà utilisés dans des projets résidentiels, des cours d’immeubles, des espaces publics et même des installations gouvernementales. Par exemple, un projet mené pour le Ministry of Transport à Nairobi a permis de recycler 9 tonnes de plastique pour paver plus de 560 m² .
Un impact social majeur
Gjenge Makers est devenue un acteur social important au Kenya. L’entreprise affirme avoir recyclé plus de 200 000 kilos de plastique. Cette activité a permis de créer près de 600 emplois, notamment pour des femmes, des jeunes et des collecteurs de déchets qui bénéficient désormais d’un revenu stable.
L’équipe interne, dont la moyenne d’âge tourne autour de 24 ans, incarne une nouvelle génération engagée dans l’économie circulaire et l’innovation locale.
Une innovation qui suscite aussi des questions
Si l’initiative de Gjenge Makers est largement saluée pour son ingéniosité et son impact, elle soulève également quelques interrogations. Certains internautes s’interrogent sur la durabilité à long terme de ces matériaux : comment réagissent-ils face à l’usure, aux rayons UV ou aux fortes variations de température ? Pourraient-ils, avec le temps, libérer des microplastiques ?
D’autres pointent un enjeu plus urbanistique : l’utilisation massive de pavés en plastique pourrait contribuer à imperméabiliser les sols.
Dans tous les cas, l’innovation Gjenge Makers reste précieuse : si elle ne permet pas toujours d’agir directement sur la production de déchets à la source, elle offre néanmoins une solution concrète pour transformer et valoriser ceux qui existent déjà.
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Sources: