Stades climatisés, vols intercontinentaux, hébergements, retransmissions numériques : depuis l’édition 2006 en Allemagne, la FIFA et les comités d’organisation publient des bilans environnementaux qui permettent, pour la première fois, de comparer les éditions entre elles. Voici le classement des tournois, du plus sobre au plus émetteur.
Un classement basé sur des méthodologies différentes
Les méthodes de calcul ne sont pas exactement les mêmes selon les éditions. Certains bilans prennent en compte les déplacements des supporters, d’autres non. De même, la construction des stades peut être intégrée en totalité ou seulement en partie. Le classement ci-dessous permet donc surtout de dégager des tendances, plutôt que de comparer les émissions au gramme près :
- Allemagne 2006 : environ 92 000 tonnes de CO2e selon le programme officiel Green Goal, l’un des premiers dispositifs environnementaux jamais mis en place pour un mondial. Ce chiffre grimpe toutefois à près de 250 000 tonnes dès que l’on intègre les vols internationaux des supporters, absents du calcul initial.
- Afrique du Sud 2010 : entre 1,65 et 2,75 millions de tonnes de CO2e selon l’ONU Environnement. Les longues distances aériennes parcourues par les quelque 480 000 visiteurs étrangers expliquent l’essentiel de ce bond.
- Russie 2018 : environ 2,16 millions de tonnes de CO2e d’après le rapport de durabilité officiel de la FIFA, malgré une compensation revendiquée de 100 % des émissions directement imputables à l’organisation.
- Brésil 2014 : environ 2,7 millions de tonnes de CO2e selon le rapport de la FIFA. Les distances entre les douze villes hôtes, parfois séparées de plus de 3 000 kilomètres, ont fait des transports le premier poste d’émissions, à hauteur de 83,7 % du total.
- Qatar 2022 : entre 3,6 et 3,8 millions de tonnes de CO2e selon le rapport de durabilité de la FIFA. L’organisation avait présenté ce mondial comme le premier « neutre en carbone », une affirmation largement contestée par des ONG et des chercheurs.
- Amérique du Nord 2026 : le Mondial aurait généré environ 9 millions de tonnes de CO2e, selon plusieurs analyses climatiques indépendantes, soit plus du double des émissions estimées pour le Qatar et près de trois fois celles de l'Afrique du Sud. Le tournoi ne s'étant achevé qu'il y a deux semaines, la FIFA n'a pas encore publié de bilan carbone officiel.
Pourquoi le Qatar reste un cas à part
Le bilan qatari mérite un détour. Pour afficher un tournoi « neutre en carbone », la FIFA n’a pas comptabilisé l’intégralité des émissions liées à la construction des huit stades. Elle a réparti cet impact sur soixante ans, la durée de vie théorique des infrastructures, pour n’attribuer au mois de compétition qu’une portion infime du total. Ce choix comptable a divisé artificiellement les émissions de construction par 720, une méthode que plusieurs organisations climatiques ont jugée trompeuse.
Le vrai coupable : le transport aérien
Au-delà du classement, une constante ressort de tous les rapports officiels : les
déplacements, et en particulier l’avion, représentent presque toujours entre la moitié et les trois quarts des émissions totales d’une coupe du monde. Plus un tournoi s’étale sur un territoire vaste, comme le Brésil, la Russie ou bientôt les États-Unis, le Canada et le Mexique réunis, plus son empreinte grimpe.
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Le mondial 2026, un record annoncé
Avec 48 équipes, 104 matchs et 16 villes hôtes réparties sur trois pays, l’édition 2026 cumule tous les facteurs aggravants. L’élargissement du format, décidé pour des raisons sportives et économiques, a un coût climatique direct : plus d’équipes signifie plus de matchs, plus de journalistes, plus de supporters et donc plus de vols. Les projections à 9 millions de tonnes de CO2e, si elles se confirment, feraient de ce mondial le plus polluant de l’histoire du football, loin devant tous les précédents. Il faudra toutefois attendre la publication du rapport de durabilité officiel de la FIFA, généralement diffusé après la compétition, pour disposer d’un bilan chiffré et vérifié.