L’IA utilise une quantité d’eau équivalente à la consommation mondiale annuelle d’eau en bouteille

L’intelligence artificielle fascine, impressionne et s’impose partout. Dans nos moteurs de recherche, nos outils de travail, nos smartphones. Mais derrière les prouesses technologiques et les promesses d’efficacité, une réalité beaucoup plus discrète s’installe : celle de son empreinte environnementale, et plus précisément… de sa consommation d’eau. Et les chiffres donnent le vertige.

Une soif d’eau à l’échelle mondiale

Selon une étude récente menée par Alex de Vries-Gao, fondateur de la plateforme Digiconomist, les systèmes d’intelligence artificielle pourraient consommer entre 312 et 765 milliards de litres d’eau en 2025. Une fourchette large, mais révélatrice d’un phénomène massif.

Pour mettre ce chiffre en perspective, la consommation mondiale d’eau en bouteille est estimée à environ 446 milliards de litres par an. Autrement dit, l’IA pourrait bientôt utiliser autant, voire plus d’eau, que l’ensemble de l’humanité pour boire… en bouteille.

Pourquoi l’IA consomme-t-elle autant d’eau ?

L’IA a besoin d’énormes quantités d’eau, principalement à cause des centres de données qui hébergent et font fonctionner les modèles.

D’après les estimations de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la consommation d’eau liée à l’IA se répartit principalement en trois usages :

  • Le refroidissement des centres de données, qui représente la part la plus importante
  • La production d’électricité, nécessaire pour alimenter serveurs et réseaux
  • La fabrication du matériel informatique, des puces aux serveurs

En 2023 déjà, l’AIE évaluait cette consommation à 560 milliards de litres d’eau, bien avant l’explosion actuelle des usages de l’IA générative. Depuis l’arrivée de ChatGPT fin 2022, la demande ne cesse de croître.

Une consommation encore largement sous-estimée

Si ces chiffres impressionnent, ils restent pourtant incomplets. Et pour cause : la transparence des acteurs du numérique est encore très limitée.

Alex de Vries-Gao lui-même appelle à la prudence. Selon lui, il est extrêmement difficile de mesurer précisément l’empreinte hydrique et carbone de l’IA, faute de données détaillées fournies par les géants de la tech. Résultat : les estimations actuelles reposent sur des extrapolations et des données partielles.

Un angle mort majeur concerne notamment la consommation d’eau indirecte. Une grande partie de l’eau utilisée sert en réalité à produire l’électricité alimentant les data centers. Or, cette consommation est rarement intégrée dans les bilans environnementaux des entreprises, qui considèrent ne pas être responsables du mode de production énergétique.

Une eau souvent potable… et peu réutilisable

Autre point problématique : la qualité de l’eau utilisée. Pour éviter la corrosion et l’encrassement des serveurs, les data centers ont recours à une eau extrêmement pure, parfois issue des mêmes réseaux que l’eau potable.

Dans de nombreux cas, cette eau est ensuite évaporée ou rejetée à une température plus élevée, parfois chargée de résidus chimiques, ce qui complique fortement sa réutilisation. Une perte nette, dans un contexte où près d’un quart de la population mondiale n’a toujours pas accès à l’eau potable.

Vers une IA plus sobre ?

L’IA n’est pas près de disparaître, et son potentiel reste immense. Mais à mesure qu’elle s’impose dans nos vies, une question devient incontournable : à quel prix environnemental ?

Sobriété numérique, optimisation des data centers, transparence accrue des acteurs, choix énergétiques plus durables… Les leviers existent. Encore faut-il que l’impact réel de l’IA soit pleinement reconnu et mesuré.