Publié le 4 juin 2026 par Elodie Santos
Le manchot empereur est désormais officiellement en danger d’extinction

Le 9 avril 2026, l’UICN a tiré la sonnette d’alarme : le manchot empereur est désormais considéré comme “en danger” d’extinction. Ce changement de statut s’appuie sur des nouvelles données scientifiques et met en lumière l’impact direct du réchauffement climatique sur l’un des animaux les plus emblématiques de la planète.

Ce que disent les chiffres

Les données scientifiques convergent : la population mondiale de manchots empereurs pourrait chuter de 50 % d’ici les années 2080. D’après les modèles démographiques analysés, c’est aujourd’hui le scénario le plus plausible.

Les signes du déclin sont déjà bien visibles. Entre 2009 et 2018, l’analyse d’images satellites révèle une baisse d’environ 10 % du nombre d’adultes, soit plus de 20 000 individus en moins d’une décennie. Plusieurs colonies autrefois jugées stables montrent désormais des signes d’effondrement rapide, confirmant que la tendance n’a plus rien de théorique : elle est déjà en marche.

Une glace indispensable qui disparaît

Le manchot empereur dépend d’un type de glace bien particulier : la banquise fixe, celle qui reste solidement attachée au littoral ou aux fonds marins. C’est sur cette plateforme stable que les poussins grandissent, que les adultes muent (une phase durant laquelle ils ne peuvent pas entrer dans l’eau) et que les colonies trouvent les conditions nécessaires à leur survie.

Or, depuis 2016, cette glace recule à un rythme inédit. Lorsque la banquise se fragilise ou se disloque trop tôt dans la saison, les poussins, incapables de nager, tombent à l’eau et périssent. Certaines colonies ont ainsi perdu toute leur reproduction en une seule année.

Pour les chercheurs, le diagnostic est sans appel : le réchauffement climatique d’origine humaine est la principale menace. Ni la pêche, ni la pollution locale ne peuvent expliquer un tel effondrement. 

Un déclin qui touche d’autres espèces antarctiques

Le manchot empereur n’est malheureusement pas un cas isolé. La dernière mise à jour de la Liste rouge révèle que d’autres espèces emblématiques de l’Antarctique subissent elles aussi un déclin marqué.

L’otarie de Kerguelen est désormais classée en danger. Sa population a chuté de plus de 50 % depuis 1999, en grande partie parce que le krill dont elle dépend se déplace vers des eaux plus profondes sous l’effet du réchauffement climatique. Cette modification de la répartition des proies perturbe toute la chaîne alimentaire.

L’éléphant de mer austral, de son côté, passe en catégorie vulnérable. Ici, la menace est différente : la grippe aviaire hautement pathogène a ravagé certaines colonies, tuant plus de 90 % des nouveau-nés lors de certaines saisons.

Pourquoi ce classement est déterminant

La Liste rouge de l’UICN n’a pas de valeur juridique en elle-même, mais elle fait autorité. Elle sert de base aux négociations internationales, oriente les politiques de conservation et influence directement l’attribution des financements. Autrement dit, un changement de catégorie peut modifier les priorités mondiales en matière de protection de la biodiversité.

Ce reclassement intervient d’ailleurs à un moment stratégique : quelques semaines avant la réunion consultative du Traité sur l’Antarctique, prévue en mai 2026.

Pour les scientifiques, le message est sans équivoque : sans une réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre, le déclin du manchot empereur se poursuivra tout au long du siècle.

Source : 

https://iucn.org/fr/communique-de-presse/202604/le-manchot-empereur-et-lotarie-de-kerguelen-sont-desormais-classes-en?utm_source=copilot.com