Depuis quelques semaines, le nom de Godzilla revient dans les prévisions météo. Pas question ici du célèbre monstre de cinéma, mais d’El Niño, un phénomène météorologique qui pourrait être particulièrement puissant dans le Pacifique. Les eaux de surface se réchauffent et les vents alizés faiblissent. Les prévisions américaines et européennes laissent désormais penser qu’un épisode exceptionnel pourrait se former. Une situation qui inquiète les scientifiques, car les épisodes d’une telle intensité sont très rares.
Un phénomène naturel qui s’intensifie
El Niño désigne un réchauffement anormal des eaux de surface dans la partie centrale et orientale de l’océan Pacifique équatorial. Ce basculement climatique naturel, qui survient tous les deux à sept ans, perturbe les alizés et bouleverse la circulation atmosphérique à l’échelle planétaire, avec des répercussions sur les températures, les précipitations et les sécheresses sur plusieurs continents.
Ce qui inquiète surtout, ce sont les chiffres. Selon la NOAA, la probabilité qu’El Niño se mette en place d’ici la fin de l’été est estimée à près de 80 %. Les prévisions indiquent aussi 81 % de chances que le phénomène atteigne un niveau “très fort” entre octobre et décembre, et 97 % de chances qu’il se poursuive jusqu’au printemps 2027. De son côté, le service européen Copernicus prévoit que certaines zones du Pacifique équatorial pourraient enregistrer des températures de surface jusqu’à 2,5 °C au-dessus des normales dès l’automne.
Pour donner un ordre de grandeur, les scientifiques considèrent qu’un épisode devient “très fort” lorsque l’anomalie de température dépasse 2 °C dans la zone de référence du Pacifique. Ce seuil n’a été franchi que trois fois depuis le début des observations modernes : en 1982-1983, en 1997-1998, puis en 2015-2016.
💡Bon à savoir :
El Niño ne fonctionne jamais seul : il fait partie d’un cycle climatique plus large appelé ENSO (El Niño Southern Oscillation), qui oscille entre deux phases opposées. Alors qu’El Niño correspond à un réchauffement anormal des eaux du Pacifique, La Niña se caractérise par leur refroidissement. Les deux phénomènes peuvent modifier la météo dans le monde, souvent avec des effets opposés selon les régions. Après un El Niño intense, le Pacifique peut d’ailleurs basculer vers une phase La Niña dans les mois qui suivent.
D’où vient le surnom “Godzilla” ?
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, El Niño “Godzilla” n’a rien d’une catégorie scientifique officielle. L’expression a été popularisée en 2015 par le climatologue Bill Patzert, de la NASA, pour qualifier un épisode d’une puissance exceptionnelle. Elle a depuis été largement reprise dans les médias, mais les organismes météorologiques continuent, eux, de classer les épisodes de manière plus sobre : faible, modéré, fort ou très fort.
Des conséquences ressenties partout dans le monde
Un El Niño puissant peut modifier les températures et les précipitations dans de nombreuses régions du monde. Certaines connaissent davantage de sécheresses et d’incendies, notamment en Australie, en Indonésie, dans certaines régions d’Afrique et en Amazonie. À l’inverse, les pluies peuvent être plus importantes sur la côte pacifique de l’Amérique du Sud, dans le sud des États-Unis ou en Afrique de l’Est, avec parfois des risques d’inondations. El Niño entraîne aussi une hausse temporaire de la température moyenne mondiale.
El Niño ne provoque pas le réchauffement climatique, mais il peut l’accentuer pendant quelques mois. C’était notamment le cas lors du puissant épisode de 2015-2016, qui avait contribué à plusieurs records de chaleur. Si le phénomène attendu pour 2026-2027 est aussi intense que prévu, il pourrait à nouveau faire grimper les températures mondiales.
Et en France, faut-il s’inquiéter ?
L’Europe occidentale reste relativement peu exposée à l’influence directe d’El Niño. Les vagues de chaleur qui touchent la France ne sont d’ailleurs pas causées par ce phénomène. Les statistiques montrent tout de même que lors des années El Niño, les hivers français ont un peu plus souvent tendance à être doux et humides que la normale.
Pour l’heure, les climatologues appellent à la prudence. Les eaux du Pacifique continuent de se réchauffer et les signaux s’accumulent, mais l’intensité finale de cet El Niño et ses conséquences régionales exactes dépendront encore de l’évolution des échanges entre l’océan et l’atmosphère dans les prochains mois.