Publié le 10 février 2026 par Elodie Santos
L’Australie promet trois heures d’électricité solaire gratuite par jour

À partir de juillet 2026, des millions d’Australiens pourront profiter de trois heures d’électricité solaire offertes quotidiennement, grâce au programme baptisé “Solar Sharer”. Derrière cette annonce séduisante pour les consommateurs se cache pourtant une petite révolution pour le marché de l’énergie, avec des gagnants… et des perdants.

Une offre inédite pour consommer quand le soleil brille

Dévoilé début novembre, le programme Solar Sharer obligera plusieurs fournisseurs d’électricité à proposer trois heures d’électricité gratuites en milieu de journée, période où la production solaire est la plus abondante. La mesure concernera les habitants de Nouvelle-Galles du Sud, d’Australie-Méridionale et du sud-est du Queensland, qu’ils soient équipés ou non de panneaux photovoltaïques.

L’objectif du gouvernement est clair : inciter les ménages à décaler leurs usages électriques (lave-linge, chauffe-eau, recharge de véhicules électriques…) vers les heures où le solaire est excédentaire. En réduisant la consommation en soirée, période traditionnellement la plus tendue pour le réseau, les autorités espèrent limiter les pics de demande, améliorer la stabilité du système électrique et réduire les coûts globaux.

Une aubaine pour les consommateurs… à certaines conditions

Sur le papier, l’offre a tout pour séduire. Pour les foyers capables d’adapter leurs habitudes, les économies pourraient être significatives. Les ménages travaillant à domicile, les retraités ou encore ceux équipés d’appareils programmables sont clairement avantagés.

Mais cette gratuité n’est pas sans contrepartie. Plusieurs experts du secteur redoutent une hausse des tarifs en dehors des heures offertes, notamment le matin, le soir ou lors des journées peu ensoleillées. Les fournisseurs, contraints d’absorber le coût de l’électricité gratuite tout en continuant à l’acheter au prix du marché, pourraient être tentés de rééquilibrer leurs marges ailleurs.

Autre risque : si la majorité des consommateurs se ruent sur ces trois heures gratuites, la demande pourrait exploser sur cette tranche horaire, entraînant une augmentation du prix de gros de l’électricité… y compris pour les fournisseurs eux-mêmes.

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Les producteurs d’énergie : des gagnants… et des perdants

Du côté de la production, le bilan est contrasté.

Les grands gagnants : le solaire (et parfois l’éolien)

Les centrales solaires devraient largement bénéficier du dispositif. En absorbant une plus grande part de l’électricité produite en journée, elles éviteraient de vendre leur énergie à prix cassé lors des périodes de surproduction.

Certaines centrales éoliennes ou au charbon pourraient également tirer leur épingle du jeu, selon des analyses du secteur, en profitant d’un marché plus stable sur certaines plages horaires.

Les perdants : gaz, hydroélectricité… et surtout le stockage

En revanche, les centrales à gaz et hydroélectriques, très sollicitées lors des pics de consommation du soir, pourraient voir la demande diminuer.

Mais le secteur le plus fragilisé serait sans doute celui du stockage à grande échelle par batteries.

Le stockage d’électricité, grand perdant du Solar Sharer ?

Le modèle économique du stockage repose sur un principe simple :

  • acheter de l’électricité à bas prix quand elle est abondante,
  • la revendre plus cher lors des pics de demande.

Or, si la consommation se déplace massivement en journée, l’écart de prix entre l’achat et la revente se réduit, ce qui menace directement la rentabilité du stockage.

Un paradoxe pour l’Australie, qui s’impose pourtant comme l’un des plus grands marchés mondiaux du stockage par batteries. À terme, cette situation pourrait même freiner certains investissements, pourtant essentiels à la transition énergétique.

Sources :

https://www.theguardian.com/environment/2025/nov/04/australia-free-solar-power-scheme-how-when-houshold-bills