Entre 75 et 200 millions de tonnes de plastique se trouveraient actuellement dans les océans. Face à cette pollution massive, des chercheurs japonais ont mis au point un matériau capable de rester solide dans des conditions normales, mais qui se dissout en quelques heures au contact de l’eau salée. Parlons Planète vous en dit plus.
Le problème que personne n’avait vraiment résolu
Le plastique doit son succès à sa solidité. Ce sont les liaisons chimiques qui assemblent ses longues chaînes moléculaires, les fameux polymères, qui lui confèrent cette résistance. Mais cette même solidité devient un cauchemar une fois l’objet jeté : bouteilles, emballages et filets de pêche peuvent persister des décennies, voire des siècles, dans la nature. En se fragmentant, ils génèrent des microplastiques, ces particules minuscules aujourd’hui retrouvées partout, des sommets himalayens jusqu’au fond des océans.
Les alternatives dites biodégradables existent déjà, comme le PLA (acide polylactique), issu de ressources végétales. Mais en pratique, elles déçoivent souvent, car leur décomposition nécessite des conditions précises, rarement réunies en pleine mer. Elles finissent donc elles aussi par se transformer en microplastiques.
Un matériau conçu pour céder au contact de l’eau de mer
Pour rendre ce plastique soluble dans l’océan, les chercheurs ont modifié la façon dont les molécules du plastique s’assemblent. Ils ont utilisé des liaisons supramoléculaires, qui permettent au matériau de rester solide tout en pouvant se défaire dans certaines conditions.
Leur “recette” repose notamment sur de l’hexamétaphosphate de sodium et un composé à base de guanidinium. Ensemble, ces deux éléments forment une structure suffisamment résistante pour supporter l’eau douce. Mais lorsque le matériau rencontre l’eau de mer, les ions du sel perturbent cette structure et les liaisons se détachent progressivement.
Le plastique perd alors sa cohésion et se dissout en quelques heures. Les chercheurs indiquent qu’il ne laisse pas de fragments plastiques persistants après sa dissolution.
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Des résidus qui pourraient nourrir plutôt que polluer
Autre point intéressant, les sous-produits issus de cette dissolution contiennent de l’azote et du phosphore, des éléments que les micro-organismes et les plantes peuvent assimiler comme nutriments. En théorie, la dégradation du plastique pourrait donc être moins problématique, voire légèrement utile aux écosystèmes environnants.
Les chercheurs restent toutefois prudents : un excès d’azote et de phosphore libéré en mer peut aussi favoriser la prolifération d’algues nuisibles, un phénomène déjà bien documenté près des zones agricoles.
Encore loin des rayons de supermarché
Pour l’instant, il ne s’agit que d’un prototype développé en laboratoire. Passer des essais à une production industrielle capable de remplacer les emballages du quotidien prendra du temps. Il faudra notamment vérifier que le procédé reste rentable et sans danger à grande échelle. Cette innovation ouvre toutefois une piste intéressante pour réduire à la fois les émissions liées à l’incinération des déchets plastiques et la pollution aux microplastiques, deux problèmes auxquels l’industrie cherche encore des solutions.
Source : https://www.riken.jp/en/news_pubs/research_news/pr/2025/20251203_2/index.html