Publié le 13 février 2026 par Manon Giroux
Pourquoi les épaves sous-marines attirent-elles autant de biodiversité ?

D’après l’Unesco, près de 3 millions d’épaves jonchent les profondeurs sous-marines. Longtemps perçues comme de simples vestiges du passé ou des dangers potentiels pour l’environnement marin, ces carcasses d’acier racontent aujourd’hui une histoire plus complexe. Si certaines représentent encore un risque majeur de pollution, d’autres se sont transformées, au fil des décennies, en véritables îlots de vie. Colonisées par les coraux, les éponges et les poissons, les épaves illustrent toute l’ambivalence de l’empreinte humaine sur les océans : à la fois menace et opportunité pour la biodiversité.

Quand une épave devient un récif

À première vue, les images prises sur certaines épaves pourraient faire penser aux récifs tropicaux des Caraïbes. Bancs de poissons colorés, structures couvertes de vie, ballet incessant d’espèces marines… Et pourtant, ces scènes se déroulent parfois à quelques kilomètres seulement des côtes tempérées, comme au large de la Caroline du Nord ou de la Floride.

Le phénomène s’explique assez simplement : une épave offre ce qui manque cruellement à de nombreux fonds marins : une structure. Là où le sable est plat et pauvre en cachettes, une coque de navire crée instantanément des reliefs, des anfractuosités et des zones d’ombre. Ces micro-habitats attirent d’abord algues et organismes fixés, puis toute une chaîne alimentaire. Avec le temps, l’épave devient un récif artificiel à part entière.

Des refuges pour des poissons venus de loin

Une récente étude(1) menée sur des récifs artificiels montrent que ces structures jouent un rôle clé pour de nombreuses espèces de poissons, y compris tropicaux et subtropicaux. Des chercheurs ont observé, sur des épaves situées bien au nord de leur aire de répartition habituelle, des poissons-papillons, des scalaires ou encore des carangues, espèces habituellement associées aux eaux chaudes.

Ce constat intrigue et intéresse particulièrement les scientifiques dans un contexte de réchauffement des océans. À mesure que les températures augmentent, de nombreuses espèces marines migrent vers les pôles à la recherche de conditions plus favorables. Les épaves pourraient alors servir de “stations relais”, offrant un habitat temporaire ou durable à ces poissons en déplacement.

Placées stratégiquement, notamment à proximité de courants chauds comme le Gulf Stream, ces structures deviennent de véritables îlots de vie dans des zones autrement peu hospitalières.

📌Cet article peut aussi vous intéresser :

Sea Plastics : quand des étudiants partent en mer pour combattre la pollution plastique

Récifs accidentels… puis volontairement créés

Si aujourd’hui les récifs artificiels font l’objet de programmes scientifiques et environnementaux, leur existence ne date pas d’hier. Depuis que l’Homme navigue, il crée involontairement des récifs en perdant ses navires. Dès le XIXᵉ siècle, certains pêcheurs avaient même compris l’intérêt de ces structures et immergeaient volontairement des matériaux pour attirer les poissons.

Longtemps, l’objectif a été essentiellement économique ou récréatif : améliorer la pêche ou créer des sites de plongée. Mais la vision a évolué. Désormais, les récifs artificiels sont pensés, conçus et nettoyés pour limiter les risques environnementaux. Certaines structures sont même adaptées à des espèces précises ou à des stades particuliers de leur cycle de vie.

Lorsqu’elles sont bien localisées, à distance des récifs naturels, ces épaves peuvent réellement enrichir un écosystème marin.

Une biodiversité… sous surveillance

Cependant, tout n’est pas idyllique. Les épaves peuvent aussi représenter un risque environnemental majeur. Des milliers de navires coulés, notamment durant la Seconde Guerre mondiale, contiennent encore des hydrocarbures, des munitions ou des substances toxiques comme les PCB, les métaux lourds ou les résidus d’explosifs.

Dans certains cas, la dégradation progressive des coques entraîne des fuites de pétrole ou de produits chimiques, parfois plusieurs décennies après le naufrage. Ces pollutions peuvent modifier la composition chimique des sédiments, affecter les organismes marins et, dans les situations les plus graves, provoquer la mort des coraux et d’autres espèces sensibles.

Certaines épaves militaires sont particulièrement surveillées, car elles cumulent grande taille, matériaux anciens et cargaisons dangereuses.

Sources :

https://www.nationalgeographic.fr/animaux/2019/05/les-epaves-sont-devenues-le-refuge-des-poissons-tropicaux

https://theconversation.com/pourquoi-les-scientifiques-sinteressent-a-limpact-environnemental-des-epaves-de-navires-237944

1 : https://www.nature.com/articles/s42003-019-0398-2